LA PETITE FILLE AU MANTEAU ROUGE

RESUME:  » Lorsqu’en 1993, Roma Ligocka assiste, sur invitation du maire de Cracovie, à la projection de ‘La Liste dé Schindler’ de Steven Spielberg, elle reste pétrifiée devant la célèbre scène où une petite fille en manteau rouge traverse, tache de couleur solitaire, le paysage dévasté du ghetto de Cracovie. C’est moi ! Cette petite fille, c’était moi! Car elle aussi portait un manteau rouge dans le ghetto quand, avec sa mère, elle cherchait à survivre malgré la faim, malgré le froid, malgré la maladie et les SS qui tuaient hommes, femmes, enfants au moindre prétexte. Le film sera le déclic qui permettra à ces souvenirs refoulés depuis cinquante ans de remonter à la surface, et à Roma Ligocka de se libérer un tant soit peu des cauchemars qui la hantent. Née juive dans une famille aisée et unie, elle fut enfermée avec les siens dans le ghetto en mars 1941, à l’âge de trois ans. Comme des dizaines de milliers de Juifs, pour qui la seule perspective était la déportation et la mort. Ayant réussi à s’évader avec sa mère en 1943, les cheveux teints en blond, elle connut la clandestinité, les fausses identités et la fuite continuelle d’une cachette à une autre, l’abnégation et la générosité des uns, la mesquinerie meurtrière des autres. Ayant survécu à la Shoah, Roma Ligocka raconte ce que fut la griserie éphémère de la Libération, et le couvercle de plomb que le stalinisme ne tarda pas à poser sur une Pologne exsangue, mais ivre de liberté. Devenue décoratrice de théâtre et peintre, elle livre ici un témoignage déchirant sur cette enfance ravagée et cette jeunesse sacrifiée. C’est un cri de douleur, mais aussi d’espoir, car Roma Ligocka est la preuve vivante qu’on peut se reconstruire pour peu qu’on récuse à la fois la haine et l’oubli. La Petite Fille au manteau rouge a été publié dans douze pays, y compris la Pologne et l’Allemagne, où il a été salué comme un chef-d’œuvre et a connu un succès considérable. « 

AVIS: On va finir par croire que je ne lis que des romans qui se passent durant la seconde guerre mondiale mais je promets que ce n’est pas le cas 🙂 (ou presque). C’est la faute au délicieux petit bouton ‘Un livre au hasard ?’ disponible sur Livraddict. D’ailleurs, la prochaine chronique sera elle aussi centrée sur un roman qui a une bonne partie de son intrigue ancrée dans ces années troublées (vous voilà prévenus).

La petite fille au manteau rouge n’est pas pour autant un livre qui se fond dans la masse. S’il est le témoignage d’une enfant rescapée du ghetto de Cracovie, poussée à revenir sur ce passé douloureux après avoir assisté à la projection de la Liste de Schindler, c’est aussi un récit qui chamboule. Car Roma a vu la guerre, la violence, la disparition des siens avec ses yeux d’enfants. Elle n’a que trois ou quatre ans lorsqu’elle échappe au ghetto et à la mort. Elle va vivre cloîtrée ces années où elle n’aurait dû être auréolée que de tendresse, de curiosité et de découvertes. C’est cachée qu’elle vit ces mois fatidiques. Interdite de sortie, elle observe le monde comme un oiseau enfermé dans une cage et panse des blessures encore invisibles: celles de l’âme, celles qui ne se révéleront que plus tard, parfois même bien plus tard.

Ce qui est intéressant, aussi, c’est que les quatre-cents pages ne tournent pas exclusivement autour de cette fuite et de cette dissimulation. La guerre finit, évidemment, et on poursuit notre découverte du roman, de la vie d’après-guerre dans cette Pologne dévastée où l’on cherche les siens, avec peu d’espoir de les retrouver. On voit que l’armistice ne signifie pas pour autant que tout va mieux, que la vie est plus facile, puisque les insultes à l’encontre des juifs persistent. Comment se reconstruire après avoir survécu à un tel drame? Comment s’inscrire dans ce quotidien qui ne semblait plus possible? Comment continuer lorsque tant restent à jamais des souvenirs? Roma et sa mère doivent en faire l’expérience et surmonter de nouvelles épreuves: la pauvreté, la solitude, le communisme.

J’ai beaucoup aimé les prises de conscience de la narratrice, au fil des pages, même si, parfois, son comportement m’agaçait. Si ses peurs d’enfant mettent le reste du monde en danger et prennent à la gorge, elles sont vite pardonnées. Car comment expliquer à une fillette qu’un seul cri peut les faire basculer dans la mort? Roma en a conscience mais ça n’empêche son instinct et son innocence de parfois prendre le dessus. Lorsqu’elle devient adulte, toutefois, son attitude est parfois plus difficile à accepter et en même temps, comment le lui reprocher, elle qui a grandi dans un monde que l’on ne peut appréhender qu’en l’imaginant? C’est impossible de se mettre à sa place – et c’est tant mieux.

En bref, j’ai beaucoup aimé en apprendre sur cette vie en Pologne, cette vision enfantine de la liquidation du ghetto de Cracovie ainsi que cette exploration de la vie ‘d’après’. J’ai trouvé original que le point de départ de son besoin de revenir sur ce qu’il s’était passé était le passage, le point coloré qui passe furtivement dans un film en noir et blanc et qui a réveillé des choses profondément enfouies en elle.

NOTE: 16/20, même si ça n’était pas un coup de cœur, c’est un témoignage poignant et vrai que je suis ravie d’avoir pu lire et je suis bien tentée de découvrir son autre roman qui évoque, lui, ce père quasiment absent au destin trouble.

TITRE: La petite fille au manteau rouge (Das Mädchen im roten Mantel)

AUTEUR: Roma Ligocka

EDITION: Le livre de poche (2007) – 413 pages

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L’INSOMNIE DES ETOILES

RESUME: Automne 1945, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l’Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d’un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l’avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s’acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu’elle lui révélera un secret autrement plus capital.

AVIS: Ayant découvert Marc Dugain avec La chambre des officiers puis Avenue des géants (que j’avais particulièrement aimé et qui est l’un de mes coups de cœur 2015), c’est tout naturellement que ce roman est venu rejoindre ma PAL.

Une fois de plus, la plume de Dugain permet l’immersion totale et immédiate dans ce roman qui débute avec l’automne 44 et la solitude d’une mystérieuse adolescente, dans un canton un peu abandonné d’Allemagne. Les dérives qui précèdent la défaite du Reich se laissent sentir et l’ambiance est installée en quelques chapitres.

Esquisse d’enquête, le récit aborde un sujet sombre de l’histoire de ce pays en guerre avec le reste de l’Europe et du monde. Car si les débuts laissent penser que le roman se tournera vers le policier, il n’en est rien. On devine très vite le ‘secret’ qui plane et que cherchent à enterrer les différents protagonistes. L’auteur n’en fait quant à lui pas vraiment un mystère, même s’il ne le nomme pas directement. Difficile de douter du drame qui s’est joué et auquel est lié la jeune fille retrouvée dans la ferme isolée. Les pièces du puzzle s’assemblent aisément (trop, peut-être?) et, comme Louyre, on attend de ces témoignages qu’ils admettent l’horreur perpétrée, quand bien même on en imagine sans mal les détails.

Ces quelques deux cents pages forment ainsi une petite tranche de guerre qui m’a donné la sensation de manquer de quelque chose. De profondeur, peut-être, qu’il s’agisse de Maria ou des autres personnages qui rythment cette mini-enquête, alors que j’ai apprécié – si tant est qu’on puisse l’apprécier – le sujet effleuré.

En bref, j’ai trouvé le thème abordé intéressant, qu’il s’agisse du secret-qui-n’en-est-pas-tellement-un ou la psychologie des personnages mais j’aurais aimé que cela soit davantage développé.

MA NOTE15/20, ce n’est pas mon Dugain préféré mais j’ai bien apprécié cette lecture.

TITRE: L’insomnie des étoiles – AUTEUR: Marc DUGAIN

EDITION: Gallimard (2010), 226 pages

LA FEMME AU CARNET ROUGE

Couverture La femme au carnet rouge

RESUMEUn soir à Paris, une jeune femme se fait voler son sac à main. Laurent le découvre le lendemain, abandonné dans la rue, tout près de sa librairie. S’il ne contient plus de papiers d’identité, il recèle encore une foule d’objets qui livrent autant d’indices sur leur propriétaire : photos, notes, flacon de parfum. Désireux de la retrouver, l’homme s’improvise détective. À mesure qu’il déchiffre le carnet rouge contenant les pensées secrètes de Laure, le jeu de piste se mue en une quête amoureuse qui va bouleverser leurs vies. Orchestrant avec humour coïncidences et retournements de situation, Antoine Laurain signe une délicieuse comédie romantique qui rend hommage au besoin de merveilleux sommeillant en chacun de nous.

AVIS: Ah, ce livre! Le résumé donnait envie de découvrir Laure et Laurent et le livre a été à la hauteur de mes attentes. A la façon des comédies romantiques, cette histoire fait du bien. Pleine de douceur, elle nous embarque dans cette enquête qui rapproche des personnes qui, autrement, ne se seraient probablement jamais rencontrées.

Et d’ailleurs, en fermant ce livre, c’est exactement la même sensation qu’après avoir terminé une comédie romantique particulièrement bien fichue. L’auteur a même réussi à me faire monter les larmes aux yeux. C’est peut-être parce que ces fins de chapitre fonctionnent parfaitement sur moi, à la manière des séquences musicales dans certains films.

C’est aussi parce que l’histoire est moderne. Les personnages évoquent des gens que l’on connait, les réactions de Laurent nous font sourire et puis, l’auteur a bien raison d’aborder ce ‘deuil’ qui touche les personnes à qui l’on a volé un sac. Parce que, mine de rien, ça n’est pas qu’un sac à main, c’est tout un monde qui s’évapore avec lui. Les photos que l’on garde précieusement près de soi, à tout moment de la journée, les objets qui, à défaut d’avoir vraiment de la valeur, en ont une sentimentale pour le propriétaire des effets, les petites choses qui se baladaient dans une poche et que l’on oublie, tant un sac peu contenir des trésors, tous des détails qu’Antoine Laurain a parfaitement retranscrits.

Difficile, aussi, de ne pas s’attacher aux personnages secondaires, comme Chloé ou William. Si l’écriture n’a rien de complexe comme chez certains auteurs aux phrases alambiquées, elle est par contre fluide, très imagée et on a vraiment la sensation de voir un film en tournant les pages.

MA NOTE:  17/20, parce que j’ai vraiment adoré passer un moment avec Laurent, c’est un livre qui m’a fait un bien fou, qui se lit très vite et s’imprime pourtant dans la mémoire. Parce que ça n’a pas toujours besoin d’être compliqué et tordu pour marquer et parce que je pense que je le conseillerai à toutes mes copines qui ont besoin d’un peu de douceur.

TITRE: La femme au carnet rouge – AUTEUR: Antoine Laurain

EDITION: J’ai lu (2015) – 224 pages

TODAY WE LIVE

Couverture Today we live

RESUMEDécembre 1944. C’est la contre-offensive allemande dans les Ardennes belges. Pris de panique, un curé confie Renée, une petite fille juive de 7 ans, à deux soldats américains. Ce sont en fait des SS infiltrés, chargés de désorganiser les troupes alliées. Les deux nazis décident d’exécuter la fillette. Au moment de tirer, Mathias, troublé par le regard de l’enfant, tue l’autre soldat.
Commence dès lors une cavale, où ils verront le pire, et parfois le meilleur, d’une humanité soumise à l’instinct de survie.

AVIS: Cette année 2016 commence avec un livre qui se classe dans l’une de mes catégories favorites: le roman se passe sur fond de Seconde Guerre Mondiale. Autant dire qu’il ne m’en fallait pas plus pour l’ajouter à ma Wishlist puis, très vite, de le transférer dans la Pile à Lire.

Dans l’ensemble, le roman sort du lot. Par son thème, d’abord, puisqu’il s’agit d’un soldat SS qui, devant l’obligation de tuer une petite fille parce qu’elle est juive, préfère abattre son compatriote et entrer ainsi dans la clandestinité. On peut dire que l’idée est audacieuse et qu’on imagine mal un tel scénario se produire dans la réalité. Mais, après tout, l’être humain n’est-il pas particulièrement doué pour se montrer surprenant, dans les situations les plus étranges? Et dans un contexte comme la Seconde Guerre Mondiale, des histoires incroyables, il y en a eues, alors pourquoi pas celle-là?

Le cadre a également sa part à jouer dans la singularité du roman puisque le récit se passe dans les Ardennes belges, durant l’offensive allemande de l’hiver 44.  Peut-être existe-t-il déjà des histoires qui évoquent cette région durant cet épisode intense du conflit mais je ne les ai pas encore rencontrées (et si quelqu’un en connait, d’ailleurs, n’hésitez pas à me les signaler 😉 ). Du coup, j’ai apprécié l’aspect abordé comme les conditions de vie des villageois en ces temps redoutés.

D’ailleurs, en parlant des habitants que nos deux protagonistes rencontrent, ils étaient très représentatifs de ce que l’homme peut devenir dans des conditions comme celles-là. Courage, lâcheté, compassion, jalousie, méfiance, haine. Les âmes se révèlent dans des instants pareils et l’histoire de Mathias et Renée illustre parfaitement cette notion. Il devient dès lors impossible de vraiment détester un personnage  car on a beau aimer se dire qu’on aurait faire partie des braves, des irréductibles, on ne sait jamais exactement ce que la peur peut nous faire faire.

Cependant, j’ai parfois trouvé les descriptions un peu trop insistantes, comme la façon qu’a l’auteur de vouloir dépeindre Renée comme une petite fille très spéciale, qui ne laisse personne indifférent, et cela va de même avec Matthias, que l’on fait passer pour un surhomme. Les sensations de passer d’un point de vue à l’autre (celui de la gamine à l’homme, puis à des personnages secondaires par moments) d’un paragraphe à l’autre m’a aussi un peu gênée. De même, certaines pensées, surtout celles de Matthias, me paraissent correspondre à quelqu’un qui parlerait du conflit après l’avoir vécu, et me semblent moins probables pour une personne qui serait au cœur de celui-ci.

En bref, j’ai aimé plonger dans cette histoire un peu singulière, où le héros (si on peut l’appeler ainsi) est Allemand, dans le froid des Ardennes, avec des personnages tiraillés entre le courage et la peur, entre l’opposition et la facilité. J’ai peut-être un peu moins accroché au style de narration mais ça n’en reste pas moins une histoire très agréable à suivre.

MA NOTE: 15/20, une belle découverte et une approche intéressante.

TITRE: Today we live – AUTEUR: Emmanuelle PIROTTE

EDITION: Le Cherche Midi (2015) – 238 pages

Coups de coeur 2015

Avant de me lancer dans les véritables bonnes résolutions (essayer de tenir un blog plus à jour, par exemple (d’où le lancement de celui-ci pour faire peau neuve)), il serait bon de faire un petit tour des lectures qui m’ont accompagnée tout au long de 2015 pour en extraire les coups de coeur, ces livres intenses, pleins de charme, qu’on n’aurait jamais voulu lâcher et que je recommanderais sans hésitation à ceux en panne d’inspiration. Voici donc les romans qui gardent une place un peu spéciale dans ma mémoire:

atkin Couverture Extrêmement fort et incroyablement près Couverture Des fleurs pour Algernon Couverture La Ballade de Lila K Couverture Avenue des géants Couverture Fiona Range Couverture L'Incroyable Histoire de Wheeler Burden Couverture L'Assassin Royal, tome 01 : L'Apprenti assassin Couverture La fille de l'hiver Couverture Une prière pour Owen Couverture Le Confident 

Une vie après l’autre suit les péripéties d’Ursula Todd tout au long du vingtième siècle et qui voit, à chacune de ses morts, l’occasion de ne pas répéter les erreurs. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir réparer le passé, changer un petit détail, une décision pour changer le cours des choses? Ici, sans vraiment en avoir conscience, Ursula, elle l’a, cette faculté et avec les multiples vies qu’elle traverse, on découvre qu’il suffit d’un rien pour tout chambouler.

Extrêmement fort et incroyablement près, la petite pépite pleine de douceur et de charme. Un petit garçon dont le père était l’une des victimes du 11 septembre trouve une clé. Persuadé qu’elle cache un secret et qu’il trouvera son père au bout du chemin, Oskar entreprend un voyage aventureux à travers New-York et y croise des personnages hauts en couleur.

Des fleurs pour Algernon, où l’on observe la métamorphose de Charlie Gordon, sujet d’expérimentation et simple d’esprit qui devient, en quelques mois, d’une intelligence supérieure à la moyenne. Mais si la chose parait magique, elle tourne vite au cauchemar pour le pauvre protagoniste lorsque l’expérience dérape. Un roman sous forme de journal intime percutant qui ne laisse pas indifférent!

La ballade de Lila K qui nous plonge dans l’univers singulier et mystérieux de Lila, orpheline perturbée par un passé dont elle n’a aucun souvenir et qui n’a de cesse de vouloir découvrir ce qui est arrivé à sa mère.

Avenue des Géant ou l’histoire inspirée d’un fait réel, celui d’un psychopathe au QI aussi impressionnant que sa taille (plus de deux mètres!). Armé d’un esprit incisif, le protagoniste et narrateur aborde son histoire d’une façon qui fait froid dans le dos mais n’empêche pas une certaine fascination pour la manière qu’a le personnage principal d’appréhender le monde qui l’entoure.

Fiona Range est un personnage plein de défaut, englué dans une vie de famille pleine de mystères et de mensonges. Même si l’histoire était assez prévisible, j’ai aimé suivre cette jeune femme moderne et en conflit avec le reste du monde et qui prouve que les secrets ne sont pas toujours le meilleur moyen d’épargner quelqu’un.

L’incroyable histoire de Wheeler Burden, un autre voyage dans le temps mais bien différent de celui d’Ursula Todd puisque Wheeler Burden se retrouve, sans explication, transporté dans le Vienne de la fin du 19ème siècle. Pourquoi, comment? On le découvre au fil des pages avec les péripéties du personnage principal avec sa prise de conscience: et si ses actes changeaient le reste du cours de l’histoire?

Avec l’Assassin Royal (T1), j’ai pu trouver une nouvelle saga pour succéder à celle du Trône de Fer. Même si je ne connaissais pas du tout l’univers du Fantasy, j’ai appris à en aimer les libertés et l’imagination. Il me tarde maintenant de continuer à suivre les aventures du jeune Fitz, destiné à être l’assassin royal bien malgré lui.

La fille de l’hiver est d’une douceur incroyable. Perdue au milieu de l’Alaska impitoyable, cette jolie histoire d’amour et de famille nous gonfle le coeur au même rythme que Mabel et Jack, que le temps a peu à peu éloigné mais dont l’apparition d’une enfant mystérieuse va changer la vie. Un conte magique et tendre.

Une prière pour Owen est un récit travaillé et plein de force. John Irving a un don extraordinaire pour nous submerger dans le quotidien de ces personnages a priori ordinaires mais qui se révèlent complexes. Les détails sont placés petit à petit, sans qu’on s’en rende compte, pour finir en apothéose à la fin du roman.

Le confident et sa construction pleine de suspens embarque dès les premières pages dans les questionnements d’une jeune femme qui reçoit des lettres étranges d’un inconnu. D’abord persuadée qu’il doit s’agir d’une erreur, elle découvre, au fil de ses lectures, qu’il y peut-être un but à cette correspondance à sens unique.

Enfin, l’incontournable Vérité sur l’Affaire Harry Québert se lit avec une facilité déconcertante, malgré le nombre de page et les méandres de cette enquête pas comme les autres menée par un écrivain atteint du syndrome de la page blanche.

Une année riche en belles découvertes, donc, et il me tarde de voir ce que 2016 réserve!

 

LE PAYS DU LIEUTENANT SCHREIBER


 

RESUME:  » Aujourd’hui, son nom est à peine connu. Pourtant, l’ancien lieutenant Jean-Claude Servan-Schreiber, petit fils d’un juif prussien émigré, a servi la France pendant ses heures les plus sombres. Andreï Makine, à travers le récit de leur amitié, de leurs échanges et de leurs combats communs, rend hommage à ce héros oublié de la Seconde Guerre mondiale, pour aider sa parole à vaincre l’oubli. « 

AVIS:  Le thème de la Seconde Guerre Mondiale est quelque chose qui m’a toujours intéressée. Il suffit qu’il soit mentionné pour que le sujet attise ma curiosité. Cela date depuis longtemps et je ne suis pas certaine que cela s’arrête un jour. 

C’est donc tout naturellement que ce livre a rejoint ma PAL. Le résumé n’est pas très révélateur mais intrigue et si j’ai bel et bien pensé que les états de service du Lieutenant Schreiber seraient plus largement évoqués, cela ne fut pas le cas. Déception? Loin de là! Car les événements qui ont ponctué l’existence du tout jeune Lieutenant Français d’origine allemande ne servent qu’à appuyer ce qui a suivi. Le parcours de Jean-Claude Servan-Schreiber est évoqué de façon lointaine, en faisant référence aux grandes lignes de celui-ci. Son incorporation, ses déboires dans l’armée à cause de son statut de ‘juif’, son arrestation, sa déportation, l’Espagne, l’Afrique, le débarquement, la Libération. Ce ne sont que des mots pour faire vibrer l’état d’esprit de l’époque et la réinsertion pénible des soldats après la guerre

C’est surtout un témoignage du désert qui ensevelit le cœur d’un homme qui a donné six années de sa jeunesse à son pays et qui ne trouve plus ses repères quand tout se termine. C’est le besoin de mémoire que ressent un vieil homme à revenir sur des anecdotes de son passé, à faire revivre des visages qui s’estompent sur des photographies abîmées et qui est atterré lorsqu’un nom lui échappe. C’est l’impression que seules ces années-là ont compté, tant elles ont été intenses et que le reste, à côté, c’est bien fade.

Alors quand par un certain hasard, l’auteur du roman est contacté par ce vétéran qui révèle avoir connu des soldats mentionnés dans son livre précédent, c’est plus qu’une rencontre qui se concrétise, c’est une amitié qui s’installe et Andreï Makine ne tarde pas, comme toute personne intéressée par ce passé trouble, à voir un potentiel. Convaincu du succès que seraient les mémoires du Lieutenant Schreiber, l’écrivain le pousse à les rédiger, à évoquer ce passé aussi frais dans sa mémoire, malgré les décennies qui se sont écoulées depuis. Hélas, la passion qui le nourrit n’est pas partagée et le livre du vieil homme passe rapidement aux oubliettes.

Makine dépeint cette société d’alors, si prompte à mettre de côté les années de guerre, et celle de maintenant, si peu intéressée par la chose. Une critique du désintérêt et de la menace de l’oubli mais c’est surtout un hommage que rend l’auteur à son ami. Il ne tente pas de récrire la vie de celui-ci pour espérer un succès qui ne viendra probablement pas. A la place, il s’efforce de faire découvrir l’homme qui refuse d’oublier ses camarades, même si ces derniers sont morts depuis longtemps. Il ressuscite des inconnus, le temps des quelques pages. Et ça suffit. C’était tout ce dont avait besoin ce roman doux et fort.

MA NOTE: J’avais d’abord mis 16/20 puis en rédigeant ma chronique, je me suis dit que cela méritait au moins un 17/20 parce que j’ai aimé faire la connaissance à travers les yeux de Makine, de cet homme modeste qui vivait avec ses souvenirs et ceux qui les peuplent. Et j’ai aimé le regard que portaient ces deux hommes sur cette France qu’ils aiment tant.

TITRE: Le pays du lieutenant Schreiber – AUTEUR: Andreï Makine – EDITION: Point – 216 pages

THE SHOCK OF THE FALL


 

RESUME‘ I’ll tell you what happened because it will be a good way to introduce my brother. His name’s Simon. I think you’re going to like him. I really do. But in a couple of pages he’ll be dead. And he was never the same after that. ’

AVIS: Je ne suis pas très portée sur les livres ‘jeunesse’ mais celui-là a immédiatement piqué ma curiosité. Avec ces quelques mots mystérieux, en même temps, comment faire autrement?

Premier livre en VO que je lisais depuis un moment – le dernier datant de mai – il m’a fallu quelques pages d’adaptation pour me refaire à cette langue pourtant si parfaite. Mais le fait que l’on plonge directement dans l’histoire de Matthew a fortement aidé à cette remise en pratique.

Dans l’ensemble, j’ai beaucoup aimé ce roman, raconté à la première personne, qui nous invite dans l’univers singulier du jeune Matthew Homes. Et ce que j’ai d’abord apprécié, c’était l’originalité de la narration puisque le jeune homme semble écrire son histoire tout au long du livre, via un pc dans l’hôpital où il était interné ou sur une machine à écrire, à d’autres moments. Parfois interrompu dans son récit par l’intervention de personnages extérieurs, on vit chaque instant avec lui, le plus souvent amusé par ses réflexions spontanées provoquées par les apparitions des autres personnages. On découvre ainsi un mode de fonctionnement un peu étrange et pour cause, le jeune homme a été diagnostiqué schizophrène. Et si en apparence, Matthew parait normal, nous faire visiter son esprit nous démontre les troubles de sa maladie, que ça soit dans ses actes ou des ses pensées ou encore dans l’impression qu’il a de voir et d’entendre Simon partout.

En parallèle, le narrateur évoque divers événements de sa vie, nous parle de sa relation avec les autres et vogue d’une époque à l’autre. Mais on ne s’y perd pas pour autant. C’est concis, cela raconte des moments précis, cela donne du relief à ce personnage inconstant et imprévisible. Des illustrations s’invitent dans le récit de façon amusante et les répétitions servent parfaitement à la narration. 

J’ai donc bien aimé le parti pris par l’auteur et la manière dont il avait abordé l’histoire de Matthew et sa famille. Si les événements ne laissent pas bouche bée et se laissent ingérer avec le reste de ce qui est raconté, c’est peut-être parce qu’on suit le cheminement du jeune homme avec tant de facilité.

MA NOTE: 15/20. Si j’ai aimé le contexte et l’angle pris par l’auteur, cela n’est pourtant pas un coup de cœur. Une lecture intéressante, originale, que je n’ai peut-être pas lue dans le meilleur état d’esprit mais que je ne regrette absolument pas d’avoir entamée. 

TITRE: The shock of the fall – AUTEUR: Nathan Filer – EDITION: The Borough Press (2014) – 320 pages