VENGE-MOI!

Editions Le Livre de Poche (2009) – 183 pages

RESUMEUne enfance, une adolescence à huis clos dans l’ombre étouffante d’une mère rescapée de la déportation et qui ressasse inlassablement ses souvenirs : la dénonciation, l’horreur des camps de concentration, la disparition de son époux… Un suspense surprenant où Patrick Cauvin jongle brillamment avec le pire jusqu’au dénouement… insoupçonnable.

AVIS: Dans ma quête de romans centrés sur la Seconde Guerre Mondiale ou ses rescapés, je suis tombée sur Venge-moi! qui m’a tout de suite intriguée et que je n’ai eu aucune peine à trouver en seconde main.

La première partie du roman est principalement axée sur le retour à Paris d’un petit garçon qui avait été envoyé à la campagne, chez sa grand-mère, pour échapper aux rafles qui sévissaient à l’époque. Au retour de sa mère, rescapée des camps de la mort, Simon retrouve l’appartement où il est né mais celui-ci va devenir un véritable cauchemar, hanté par les photos que sa mère rassemble ainsi que les histoires que celle-ci lui raconte. Traumatisé par le comportement de sa mère, le jeune garçon vit dans la peur, celle de voir les Allemands revenir, celle de la mort, du poids qui repose sur ses jeunes épaules, éprouvé par les souvenirs maternels alors qu’il n’a rien vécu de tout cela, ayant été évacué à temps. Simon va souffrir de ce fardeau et cela va se ressentir sur toute son existence. J’ai particulièrement aimé l’aspect psychologique de cette partie. Sa mère n’aurait certainement pas du peser autant sur lui mais comment blâmer une femme qui a survécu au pire et qui doit affronter seule ce retour à la vie normale?

A l’approche de sa mort, la mère de Simon le fait venir à son chevet et lui extorque une promesse lourde de conséquences: trouver la femme qui les a dénoncés et la tuer! Pour ce faire, Simon n’a qu’un nom – celui d’une ancienne voisine qui s’est depuis longtemps envolée – et une photo. Simon promet et cela va le mener sur une route qu’il n’était pas préparé à emprunter. D’ailleurs, moi non plus. Peut-être que certains devineront les éléments clés de ce roman mais pour ma part, j’ai été baladée du début à la fin. Des colonies de vacances aux routes des Ardennes, de Paris et son appartement ‘musée’ aux villages visités. D’un secret longtemps gardé à la dure réalité. L’intrigue était très bien amenée et j’ai eu beaucoup de peine à m’arrêter: je voulais savoir la vérité et celle-ci ne m’a pas déçue!

Un roman qui se lit donc vite puisqu’il fait moins de 200 pages mais qui ne donne pas le sentiment de manquer de quoi que ce soit. Les personnages sont bien établis, le mystère peu à peu dévoilé et jusqu’à la dernière partie, le dénouement, on est embarqué dans cette quête de la vérité.

NOTE: J’ai mis 17/20, c’était une très agréable découverte qui me donne envie de lire d’autres romans de l’auteur.

 

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LES MILLE ET UNE VIES DE BILLY MILLIGAN

The minds of Billy Milligan (VO) – Editions Le Livre de Poche (Thriller) – 640 pages

RESUMELa police de l’Ohio arrête l’auteur présumé de plusieurs viols de jeunes femmes et croit résoudre un cas facile : les victimes le reconnaissent formellement et celui-ci possède chez lui la totalité de ce qui leur a été volé. Il nie pourtant farouchement. Son comportement étrange amène ses avocats à demander une expertise. On découvre qu’il possède une personnalité multiple. Les 1001 vies de Billy Milligan retrace un cas unique – et rigoureusement authentique – dans l’histoire de la psychiatrie : celui d’un jeune américain souffrant d’un syndrome de personnalité multiple à la fin des années 70.

AVIS: Après avoir découvert Keyes avec Des Fleurs pour Algernon, l’un de mes coups de cœur de 2015, je me devais de poursuivre sur ma lancée et lire une autre oeuvre de cet auteur – comme il n’en a pas écrit des millions, le choix a vite été fait.

A nouveau, Keyes nous emporte dans un univers complexe où la psychologie tient un rôle important. Dans ce cas de figure-ci, il aborde l’histoire d’un personnage réel – Billy Milligan – arrêté à la fin des années 70 et accusé du viol de plusieurs jeunes femmes. Si les faits semblent accabler le jeune homme (il est formellement reconnu par ses victimes et détient tous les objets volés à celles-ci), il apparaît pourtant accablé par cette arrestation et les faits qui lui sont reprochés qu’il nie en bloc. Toutefois, son comportement ne tarde pas à interpeller ses avocats qui planifiaient d’avancer la folie pour disculper leur client, sans se douter que ce qu’ils vont découvrir va bien au-delà de ce qu’ils imaginaient.

L’auteur aborde la maladie de Billy avec intelligence. Il ne paraissait en effet pas si simple d’expliquer et d’imager le comportement singulier d’un jeune homme aux personnalités multiples et pourtant, on ne se perd pas dans le texte, quand bien même les prénoms donnés aux ‘habitants’ peuvent changer d’un paragraphe à l’autre, voire d’une ligne à l’autre. Comme les thérapeutes qui analysent Billy, on apprend à connaitre chacune des personnalités du malade et c’est si troublant qu’ils en deviennent tous des personnages à part entière.

J’ai beaucoup aimé la façon dont se découpe le livre aussi. Entre thriller et biographie, on découvre la scène surréaliste de l’arrestation pour ensuite en apprendre petit à petit davantage sur ce qui a conduit Billy à se dissocier de cette manière. On ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine empathie pour le jeune homme tout en comprenant les réactions très variées qu’il suscite au fil de l’histoire. En tout cas, j’ai trouvé l’ensemble intéressant et justement dosé. C’était une exploration de l’humain et de sa complexité dans toute sa splendeur.

NOTE: J’ai mis 17/20, même si ma préférence reste pour Des fleurs pour Algernon, j’ai été happée par l’histoire de Billy Milligan et de ses déboires avec la justice.

 

AVANT TOI

Couverture Avant toi, tome 1

Me Before You (VO) – Editions Milady – 524 pages

RESUMEQuand Lou apprend que le bar où elle est serveuse depuis des années, met la clé sous la porte, c’est la panique. En pleine crise, dans ce trou paumé de l’Angleterre, elle se démène pour dégoter un job qui lui permettra d’apporter à sa famille le soutien financier nécessaire. On lui propose un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. C’est alors que la jeune femme découvre Will, un jeune tétraplégique qui rêve de mettre fin à ses jours. Lou n’a que quelques mois pour le faire changer d’avis.

AVIS: Vu que tout le monde ou presque parlait de ce livre, je me suis dit que j’allais le lire. C’était le premier que j’ai acheté pour le lire sur une tablette. Est-ce que ça a contribué au fait que je n’ai pas du tout aimé? Peut-être, mais sûrement pas seulement.

On me l’a si justement fait remarquer: je n’ai peut-être pas abordé le livre comme il se devait. Si j’avais moins attendu de ce roman – enfin, de ce thème, surtout – peut-être que j’aurais été un peu moins critique et plus indulgente, ça m’aurait permis de ne pas développer une allergie à cette histoire à laquelle je n’ai rien trouvé de très positif.

Qu’espérais-je, au juste? Plus de drame? Plus d’intensité? Oui, clairement. Alors quand je me suis retrouvée face à ce récit sans saveur, j’ai complètement déchanté.

Pour commencer, j’ai trouvé la plume très fade, les descriptions ne servaient parfois pas à grand-chose et les dialogues ne relevaient pas le niveau. J’aurais aimé avoir une réelle intensité, une fouille profonde des sentiments, du côté de Lou comme du côté de Will, et au final, ça ne m’a semblé qu’une suite de scènes pleines de clichés, sans grande nouveauté. Je n’ai pas vraiment su m’attacher aux protagonistes et j’ai franchement détesté certains personnages secondaires comme Patrick – mais c’est normal – ou Treena. Les autres étaient tellement pâles qu’ils font figuration et qu’on les oublie rapidement.

J’ai moyennement avalé le fait qu’on aille payer une fortune une nana qui n’a aucune qualification, aussi. Je trouvais ça étrange et pas très crédible. De plus, je n’ai pas du tout été intéressée par les chapitres avec les points de vue de divers autres personnages, ça n’a pas apporté grand-chose sinon une coupure pour faciliter les ellipses dans le temps.

Certes, si je remets en question ma déception initiale, je peux concéder que l’histoire n’est pas mauvaise, elle peut être agréable même sans grande originalité – d’où ma naïveté en imaginant quelque chose de plus poussé qu’une demoiselle pétillante – était-ce vraiment nécessaire d’aller jusqu’à insister à ce point sur son sens de la mode particulier? – qui veut redonner le goût de vivre à un homme qui n’attend qu’une chose: mourir.

Bref, dans mon cas, le charme n’a pas opéré, je rangerai Avant toi dans cette catégorie de livres qui sont allègrement applaudis mais qui m’ont laissée de marbre. Je ne suis pourtant pas un public difficile, en général, mais là le gouffre entre l’attente et la réalité a plombé mon enthousiasme. Du coup, je crois que je peux dire sans trop craindre de me tromper, que je préférerai le film au livre (en même temps, avec Sam Claflin à l’affiche…)

MA NOTE: J’ai mis 11/20, une note qui reflète ma déception devant cette histoire sans originalité aux dialogues vraiment moyens.

 

MINIATURISTE

The Miniaturist (VO) – Editions Gallimard (Du monde entier) – 501 pages

RESUMENella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son petit village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, il est l’un des marchands les plus en vue de la ville. Il vit dans une opulente demeure au bord du canal, entouré de ses serviteurs et de sa soeur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. En guise de cadeau de mariage, Johannes offre à son épouse une maison de poupée, représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste.
Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de lever peu à peu le voile sur les mystères de la maison des Brandt, faisant tomber les masques de ceux qui l’habitent et mettant au jour de dangereux secrets.

AVIS: Si ce livre m’a été conseillé par une copine via Goodreads, il aura fallu attendre que je l’achète à ma grand-mère puis qu’elle me le prête pour que je me plonge enfin dans l’histoire de Petronella Oortman et de son cabinet. Comme souvent quand je mets tant de temps à céder à un livre, je regrette d’avoir tardé à ce point.

Dès les premières pages, j’ai été immergée dans l’univers de cette jeune femme venue rejoindre son époux à Amsterdam. On y fait la rencontre de personnages qui marquent d’emblée l’esprit et auxquels je me suis immédiatement attachée – même si, au premier abord, certains ne semblent pas très sympathiques, on devine rapidement qu’il y a quelque chose à aimer derrière chacun de ces visages. Entre Johannes, l’époux distant et mystérieux, Marin, sa soeur, une femme dure et pieuse et les jeunes gens qui servent la maison (Cornelia et Otto), la vie de Nella semble promise à un avenir gris et maussade, dans une maison où elle se sente vite seule. La vie de jeune mariée n’est pas du tout ce qu’elle imaginait!

Outre les personnages intrigants, j’ai aussi beaucoup apprécié l’approche. On découvre la nouvelle vie de Petronella en même temps qu’elle. Comme elle, on sent que des choses sont tues, que des secrets pèsent sur la demeure, que son arrivée a bousculé le quotidien de ce petit monde qui avait appris à vivre entre eux, dissimulant leurs histoires au reste d’Amsterdam. Puis vient l’entrée en scène du cabinet qui représente l’exacte réplique de leur maison en miniature. C’est avant tout un moyen d’occuper l’esprit de la demoiselle mais cela va déclencher une succession d’événements qui vont bouleverser l’existence de chacun des habitants de la demeure. Les mystères se dévoilent puis s’épaississent et le rôle du Miniaturiste, à qui Petronella commande quelques objets pour compléter son cabinet, devient tour à tour surprenant et inquiétant. Je ne peux pas trop en parler, car cela fait partie de la magie du roman, ces énigmes qui apparaissent à chaque page, mais j’ai vraiment adoré cette façon d’aborder l’histoire, l’implication et les conséquences des actes de chacun.

La plume n’était pas en reste puisqu’elle était très agréable et participait évidemment au charme du récit. J’ai également beaucoup aimé la boucle que le roman a représenté pour moi parce que l’on commence avec un chapitre qui semble un peu vague – qui en est le narrateur, de qui parle-t-il? – puis le roman commence avec un bond en arrière de quelques mois. A la fin du livre, je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir relire ce premier chapitre pour le découvrir sous un jour nouveau, avec la connaissance et la compréhension de ce à quoi il faisait allusion et j’ai trouvé cela très original et rafraîchissant.

J’ignorais que l’auteure s’est inspirée d’une véritable miniature qui a appartenu à Petronella Oortman et qui est exposée au Rijksmuseum à Amsterdam.

NOTE: J’ai mis 18/20 à cette histoire très attachante. Elle m’a plu à tous les niveaux (personnages, intrigues, plume) et j’ai hâte de découvrir un prochain roman de Jessie Burton.

 

L’ENCHANTEUR

EDITIONS FOLIO (1987) – 470 PAGES

RÉSUMÉQui ne connaît Merlin ? Il se joue du temps qui passe, reste jeune et beau, vif et moqueur, tendre, pour tout dire Enchanteur. Et Viviane, la seule femme qui ne l’ait pas jugé inaccessible, et l’aime ? Galaad, dit Lancelot du Lac? Guenièvre, son amour mais sa reine, la femme du roi Arthur ? Elween, sa mère, qui le conduit au Graal voilé ? Perceval et Bénie ? Les chevaliers de la Table Ronde ? Personne comme Barjavel, qui fait le récit de leurs amours, des exploits chevaleresques et des quêtes impossibles, à la frontière du rêve, de la légende et de l’Histoire. Dans une Bretagne mythique, il y a plus de mille ans, vivait un Enchanteur. Quand il quitta le royaume des hommes, il laissa un regret qui n’a jamais guéri. Le voici revenu.

AVIS: Après avoir découvert Barjavel à travers La Nuit des temps, j’avais envie de me lancer dans un autre roman. Grand bien m’en a pris puisque cela a été un véritable bonheur de retrouver l’univers si singulier de l’auteur qui revisite la fameuse légende du roi Arthur en se penchant plus particulièrement sur le rôle joué par Merlin dans sa vie.

Autant le dire tout de suite, c’est assez particulier, comme approche. N’étant pas encore bien rôdée au genre, j’ai parfois eu quelques difficultés à imaginer le monde décrit par Barjavel, surtout à l’évocation de scènes riches en détails ou qui se voyaient complétées de termes et objets bien contemporains alors qu’on se situe plutôt dans une histoire où les épées et les chevaux prédominent. Aussi, quand des boites de conserves, des canons et autres évocations de notre temps s’immiscent dans le récit, c’est un peu singulier et c’est peut-être le seul aspect qui ne m’ait pas vraiment convaincue dans cette épopée fantastique.

Parce que pour le reste, j’ai vraiment été immergée. La magie opère dès les premiers mots et je me suis prise d’affection pour les personnages, célèbres et moins connus, qui se succèdent dans les aventures. Merlin fait office de messager, de guide, il apparaît et disparaît, convainc ou met en garde. Il prend toutes les formes, sait énormément de choses mais pas forcément tout. Il veille à la destinée de ses protégés, cherchant celui qui ira au bout de la Quête, celui qui parviendra à trouver le Graal. Je pense que le rythme du récit y est pour beaucoup: il n’y a pas vraiment de temps mort, les aventures et batailles prennent vie, s’enchainent et le tout se poursuit à une vitesse affolante. On est entraîné et peu importe si chaque nouveau venu est plus beau que le précédent, le côté féerique et invraisemblable de l’histoire permet de ne pas se focaliser là-dessus mais plutôt sur les chocs entre les armées, entre les amants, entre Merlin et le Diable.

Ce qui a contribué à ce que j’apprécie autant le livre, aussi, je pense que c’est le fait de n’avoir plus lu un roman lié aux légendes arthuriennes depuis longtemps et cela me donne très envie de reprendre la saga de Marion Zimmer Bradley, qui abordait le récit du point de vue des femmes qui peuplent l’univers d’Arthur. Je préfère tout de même la version de MZB, plus dense, plus détaillée, moins rocambolesque que celle de Barjavel mais ça ne m’a pas empêchée de beaucoup aimer L’Enchanteur, qui me conforte dans l’idée que la plume de l’auteur ma happe si aisément.

MA NOTE: 16/20, la lecture était prenante et l’univers très particulier. Un excellent moyen de se déconnecter complètement de la réalité.

LE CORDONNIER DE LA RUE TRISTE

EDITIONS ALBIN MICHEL (2009) – 228 PAGES

RÉSUMÉDans la ‘rue triste’, petite artère qui se situe entre le XIVe et le XVe arrondissement de Paris, à l’orée des années 1940 se trouve une petite échoppe de cordonnier dont a hérité Marc, jeune homme rêveur et grand lecteur. Un accident lui a fauché les jambes et c’est toute la rue qui se mobilise pour lui venir en aide : son copain Paulo le chiffonnier, Madame Gustave qui tient le bistrot Bois et charbon, Lucien l’imprimeur, Rosa la Rose et Evangéline une jeune religieuse, même si Marc ne croit pas en Dieu. Et puis il y a la jeune Mimi et sa grand-mère qui vivent les volets clos, pour ne pas être raflées car elles sont juives. En ces temps incertains où la résistance s’organise face à la délation et à l’occupation naît l’amitié improbable entre une petite fille et un jeune cordonnier paralysé et amoureux des livres.

AVIS: Voilà un petit roman que j’ai reçu à prêter et qui se lit très vite. Une jolie découverte que je n’aurais probablement pas faite si on ne me l’avait pas mis entre les mains en disant que c’était mignon (ni le format, ni la couverture ne m’emballaient vraiment).

Je ne connaissais pas l’auteur mais j’ai pu découvrir une plume poétique et toute douce. L’histoire nous plonge dans un quartier – même pas, une rue – durant la Seconde Guerre Mondiale. Le décor historique reste assez secondaire, même si on mentionne à plusieurs reprises l’invasion allemande et les rafles qui sévissaient à cette époque-là. Et cela ne reste que ça: un décor, un moyen d’installer l’histoire et ses personnage, car ce sont eux qui priment sur tout le reste. On se prend rapidement d’affection pour ces hommes et femmes voués à se croiser mais qui ne se liaient pas forcément et que les circonstances vont rapprocher, d’une manière ou d’une autre. Certes, ce n’est pas la psychologie de ceux-ci qui prime car je trouve justement qu’on ne fait que les effleurer et qu’on a plutôt la sensation d’assister à leurs déboires et bonheurs que de vraiment les vivre avec eux et, là où cela aurait tendance à me décevoir ailleurs, je trouve que cela sers bien à l’ambiance générale du roman dans ce cas-ci. Les différents protagonistes restent un peu étrangers, un peu clichés aussi, souvent, mais ça n’enlève rien à leur charme et on suit agréablement les aléas de la vie de cette rue à qui l’on a donné le nom de Rue Triste.

C’est vraiment cette ambiance, plus que tout, qui m’a plu dans le cas de ce livre. J’ai apprécié de suivre le quotidien de ces gens qui auraient continué à se croiser sans vraiment se rencontrer si le climat historique ne les avait pas poussés les uns vers les autres. J’ai beaucoup aimé les différences qui, au lieu d’instaurer la distance, rapprochaient les gens. Comme Marc, le fameux cordonnier, si beau et si triste et Paulo, si laid mais si débrouillard et attachant, et puis ces autres qui se glissent dans les pages, particulièrement le trio féminin – Mme Gustave, Evangeline et Rosa la Rose – qui caressent l’existence de ces deux hommes. Et puis, sans oublier Mimi, dont le destin reste menacé, à cause de cette maudite étoile jaune.

Bref, si le roman peut manquer de profondeur, il permet tout de même de s’attacher à chacun des personnages, de s’accorder à l’atmosphère qui étouffe cette rue triste et qui m’évoque une certaine mélancolie. Une belle petite surprise, en gros, même si je crains qu’elle s’efface aussi vite qu’elle est arrivée.

MA NOTE: 15/20 parce que c’est un roman qui m’a fait du bien, à défaut de m’avoir filé un véritable coup au cœur.