Update lecture ღ May 2016

Je me rends compte, qu’en fait, chroniquer des lectures, ça prend beaucoup de temps. Au début, ça va toujours bien, on sent l’inspiration, la motivation mais au bout de quelques livres, je vois déjà que l’assiduité n’est plus ce qu’elle était. Le retard s’accumule et au final, il n’y a rien qui avance. Alors plutôt que de me forcer et culpabiliser, je me suis dit que j’allais opérer autrement: avec des updates lectures, moins contraignantes, quitte à m’atteler à une chronique plus complète si le livre m’inspire tout un commentaire.

Pour ce mois de mai, donc, voici ce qui est passé entre mes mains:

may2016

Tout ce que je suis (Anna Funder) – Editions 10/18 (2015) ★★★★☆

Roman à deux voix (celle de Ernst Toller en 1939 et celle de Ruth Wesemann en 2001) qui évoque le destin singulier d’hommes et femmes qui, en voyant la montée du nazisme en Allemagne, ce sont efforcés de protester avant d’être poussés à quitter le pays. Une part de l’histoire que l’on retrouve peu dans les romans – du moins, je n’en connais aucun autre – et qui est très intéressante. Si le départ est un peu perturbant (Ernst et Ruth raconte tous deux des événements qui se produisent avant 1939) parce que les protagonistes abordent le sujet à des moments très différents de leur vie, le décalage est vite intégré et, dès lors, on plonge en pleine période trouble de l’entre-deux guerres. On s’attache rapidement à ces êtres pleins de convictions et de courage, mais aussi humains et faibles, parfois. C’est un texte important qui éclaire une part d’ombre de l’Allemagne. Et bien qu’on connaisse dès le départ le destin tragique de certains des personnages, on ne peut s’empêcher de tourner les pages pour comprendre, pour savoir ce qu’ils ont traversés pour en arriver là où ils sont.

Gilead (Marilynne Robinson) – Editions Babel (2015) ★★★★☆

Ce roman-ci, je ne l’aurais certainement pas choisi en premier lieu. La couverture ne m’aurait pas attirée (et il faut bien l’avouer, si c’est l’histoire qui prime, c’est bien l’image qui happe le regard au départ) et le résumé, bien qu’agréable, n’aurait pas suffi à me le faire acheter. C’est donc tout aussi bien que je l’aie reçu dans une box livresque Exploratology (si vous ne la connaissez pas, je vous invite à aller découvrir le site magnifique qui fait rêver à lui tout seul), accompagné de jolies cartes, de délicieux thés et de biscuits savoureux, le tout adorablement emballé. Parce que je suis contente d’avoir pu suivre le récit du Révérend John Ames qui écrit à son tout jeune fils une longue lettre pleine de raison et d’âme. Loin de s’enliser dans des évocations religieuses qui auraient eu tôt fait de m’assommer, c’est une véritable méditation sur l’être humain et ses paradoxes qu’il évoque en parlant de son père et de son grand-père, tous deux très différents l’un de l’autre. J’ai particulièrement aimé la réflexion que le Révérend porte sur ses propres travers, ses propres faiblesses. C’est une narration très originale qui emporte loin. C’est un roman profondément humain que j’aurai plaisir à partager avec mes proches.

Haute-Pierre (Patrick Cauvin) – Editions Le Livre de Poche (1985) ★★★★☆

Premier livre à faire partie de ma bonne résolution de ne plus systématiquement acheter des livres et de plutôt me tourner vers la bibliothèque mais pas premier essai de lecture de Patrick Cauvin puisque j’avais déjà découvert son roman Venge-moi! qui m’avait énormément plu. Celui-ci ne fait que me conforter dans l’idée que c’est un auteur que j’apprécie beaucoup. Son écriture est simple mais efficace et ce roman centré sur une maison hantée était une très agréable lecture. J’ai particulièrement aimé les personnages et les évocations d’autres maisons et manoirs au passé mystérieux et inquiétant. Un roman qui se lit très vite et dont on ne demande probablement pas beaucoup plus. J’ai hâte de découvrir d’autres histoires de ce conteur de talent.

La grande nageuse (Olivier Frébourg) – Editions Folio (2015) ★★☆☆☆

Autre découverte via une box livresque (cette fois envoyée par Livre-mois), l’histoire de ce couple singulier formé par le narrateur et Marion, une jeune femme aussi à l’aise dans l’eau qu’une belle sirène. Je n’ai pas vraiment accroché à cette histoire parce que les thèmes et la façon dont ils étaient abordés ne m’évoquaient rien. La marine, la peinture, ça peut être passionnant mais dans ce cas-ci, ça ne m’a pas touchée. Pas plus que les personnages (difficile de s’attacher au narrateur et sa description de Marion ne permet pas vraiment non plus de développer quelque chose pour elle) ou leur histoire étrange et sans réel charme. Après, la plume était agréable, ce qui m’a permis de ne pas trouver la lecture déplaisante mais si le livre avait été plus épais, je ne suis pas certaine que j’aurais pu en dire autant. C’est précisément sa taille fine (176 pages) qui m’a poussée à me dire ‘allez, c’est pas grave, la prochaine sélection sera mieux‘. Après tout, c’est le jeu, on ne peut pas aimer tout ce que l’on reçoit et comme c’était le premier envoi de l’abonnement, j’attends de voir ce qui sera envoyé ensuite. (En vrai je l’ai déjà reçu mais pas encore lu, ce sera pour un prochain update lecture).

Nymphéas noirs (Michel Bussi) – Editions Pocket (2013) ★★★★☆

Enfin, pour ce premier update lecture, je termine avec un roman de Michel Bussi. A force de voir le nom de cet auteur un peu partout, j’étais curieuse de découvrir ses romans, d’autant que les résumés sont toujours très alléchants. Et que dire sinon que j’ai vraiment adoré ce livre. L’écriture peut paraitre simple, dépourvue de phrases alambiquées qui font parfois le charme de certains romans mais c’est justement cette aisance à rentrer dans le roman qui permet d’apprécier autant cette enquête sur fond de peinture et de nénuphars (comme quoi, là, la peinture ne m’a pas gênée du tout). J’ai trouvé Giverny très bien décrit et l’intrigue très prenante. J’avais lu que la chute était surprenante alors j’essayais de deviner la trame avant la fin et si quelques soupçons sont arrivés, c’est bel et bien juste avant de les voir confirmés. Un vrai page-turner que je regrette presque d’avoir loué au lieu d’acheter mais rien ne m’empêchera de le faire plus tard, après tout. En tout cas, je serai ravie de découvrir d’autres romans de cet auteur, surtout s’ils sont aussi surprenants!

DE PIERRE ET DE CENDRE

Set in stone (VO) – Editions Le Livre de Poche – 380 pages

RESUMELorsqu’un soir brumeux de 1898, le jeune artiste Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux jeunes filles de Mr. Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par ses filles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, le peintre comprend vite que le raffinement du décor et des personnages dissimule les plus sombres mystères. Que le vent souffle pour balayer les cendres d’un passé pour le moins scandaleux et les secrets abrités par les pierres. Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…

AVIS: Après une première expérience plutôt mitigée avec Graveney Hall (j’avais été déçue par la fin du roman et par le côté pas assez abouti de l’histoire qui me laissait un peu sur ma faim), je me suis quand même laissée tenter par ce roman de Linday Newbery. Une décision que je ne regrette aucunement puisque j’ai adoré l’univers de ce récit sombre et hanté par les secrets.

Pour commencer, l’immersion a été immédiate puisque dès les premières pages, j’ai eu l’impression d’être plongée dans ce récit qui prend racine à l’été 1898. L’écriture fluide et efficace de l’auteur ne s’embarrasse pas de trop de détails et ceux qu’elle distille dans l’introduction permettent de visualiser très clairement le cadre dans lequel nous plongeons. Ce cadre qui n’est pas sans rappeler d’autres romans où les différences sociales sont largement ancrées dans les habitudes, où les demeures s’élèvent dans des coins reculés, où des familles aux secrets profondément enfouis se donnent des airs théâtraux pour cacher leurs aspects les moins reluisants. Il y a un petit côté Brontë à ce roman mais ça n’égale évidemment pas des œuvres d’époque comme celles de ‘Les Hauts de Hurle-Vent‘ et ‘Jane Eyre‘. J’ai néanmoins beaucoup aimé cette évocation à la lecture.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé les personnages très intéressants, avec leurs caractères à la fois propres à cette période et plus modernes à d’autres moments (c’est là qu’on ressent la patte de l’auteur ‘de maintenant’ par rapport aux écrits de ceux qui vivaient réellement à ce moment-là. Les descriptions sont également très vivantes et nous permettent de nous imprégner de cet univers singulier où planent de sombres mystères. Il y a également une aura mystique par moments, comme si des éléments surnaturels se glissaient dans certaines scènes.

Enfin, l’aspect le plus intéressant de l’histoire réside dans l’alternance des points de vue de deux personnages (celui de Samuel, le nouveau précepteur, et celui de Charlotte, la gouvernante) qui arrivent à Fourwinds en ignorant tout de ce qu’il s’y est réellement tramé. Ils ne tardent cependant pas à sentir que quelque chose se joue à leur insu et sont bien décidés à élucider ce mystère. Les éléments distillés sont peu à peu rassemblés, étudiés et le passé de la propriété refait surface. La découverte se fait au fil des chapitres et permet de garder l’intérêt du lecteur tout au long de l’histoire. Il n’y a dès lors pas de réel temps mort et les événements se succèdent avec régularité, faisant grimper peu à peu la tension jusqu’à une scène qui bouleverse tout le récit.

Là où ma déception avait été guidée par le côté non abouti de la fin de Graveney Hall, j’ai trouvé que De pierre et de cendre s’achevait parfaitement et, comme avec tout bon livre, j’en suis presque venue à regretter de devoir quitter nos protagonistes.

MA NOTE: 17/20 pour un roman à l’ambiance particulière, aux secrets sombres, aux personnages attachants et à la plume très agréable. Je ne regrette donc pas d’avoir tenté un autre Linda Newbery.