Annabel

 » En 1968, dans un village côtier du Labrador, un enfant mystérieux voit le jour. Ni tout à fait homme ni tout à fait femme, les deux à la fois. Il n’y a que trois personnes qui sachent le secret. Les parents de l’enfant, Jacinta et Treadway, et une voisine, Thomasina, capable de tenir sa langue.

Les parents décident pour l’enfant quel sera son sexe aux yeux de la société. Mais, à mesure qu’il grandira, son autre « nature » refusera de se taire et l’accompagnera tout au long de sa découverte du monde, aussi fidèle que son ombre. « 

(Editions 10/18 – 2014)

Annabel est l’un de ces romans que j’associe à une tranche de vie. Ici, rien de très rocambolesque, de retournements de situation venant à point, de véritable tension. C’est plutôt l’immersion dans la vie qui est privilégiée, avec toute ce qu’elle apporte de beau et de cruel à la fois. D’humain, en somme. Et c’est ce que j’ai aimé dans cette histoire.

L’hermaphrodisme étant un phénomène assez rare, lorsqu’il survient, il a de quoi perturber la personne qui en est affectée ainsi que son entourage. Mais si, en plus, l’enfant naît en 1968, au Labrador, dans une contrée sauvage et plutôt reculée, elle bouleverse encore plus les habitants qui sont dans le secret.

Le récit commence dès la naissance et la découverte de la particularité de Wayne/Annabel. Seuls les parents et leur amie la plus proche sont dans le secret et ils comptent bien le préserver du mieux qu’ils le peuvent, pour le bien de l’enfant. Devant le choix qui s’impose, la décision est prise: l’enfant s’appellera Wayne et sera élevé comme un garçon. Une voie qui semble satisfaire le père, quand son épouse et son amie font le deuil d’Annabel, cette part cachée qui grandira en Wayne sans qu’il n’en ait vraiment conscience.

L’histoire est abordée avec pudeur. A aucun moment, la sensation d’intrusion ne naît vraiment, ce qui pourrait facilement être le cas. Le lecteur est spectateur de l’évolution de Wayne, de sa sensibilité et de la façon dont son entourage gère la situation. On suit dès lors le parcours de la petite enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte avec tous les tourments que les traitements imposent à Wayne et ses parents et à la manière très différente qu’ils ont d’aborder les choses. Qu’y a-t-il de mieux à faire pour l’enfant? Les avis divergent, les réactions aussi et on ne peut que comprendre leurs points de vue à chacun.

C’est précisément cette relation aux autres qui m’a intéressée. Aussi bien celle que Wayne entretient avec ce père un peu rustre, un peu sauvage et distant, que celle qui le lie à Thomasina, l’amie de la famille, qui éprouve une tendresse pour Wayne, comme celle qui l’unit à son amie d’enfance. Les liens évoluent, se métamorphosent, pour le meilleur et pour le pire.

En lui-même, le récit n’a rien de vraiment extraordinaire, mais c’est la beauté de la nature (humaine comme celle du Labrador) qui fait toute la force de l’histoire. L’humain au cœur du roman, l’humain au cœur de la vie.