LE FAISEUR D’HISTOIRE

Making History (VO) – Editions Folio (SF) – 622 pages

RÉSUMÉMichael Young est convaincu que sa thèse d’histoire va lui rapporter un doctorat, un tranquille poste académique, un vénérable éditeur universitaire et le retour de sa difficile petite amie Jane. Mais un historien devrait savoir que l’on ne peut prédire l’avenir…. Sa rencontre avec Leo Zuckermann, vieux physicien obsédé par le génocide juif va les amener à semer aux quatre vents les pages de la thèse, mais aussi à tourner celles de l’histoire… Et après leur expérience rien – primé, présent ou futur – ne sera plus jamais pareil.

AVIS: Oh, un roman sur fond de Guerre Mondiale avec, en prime, le célèbre thème du voyage dans le temps/la possibilité de changer le passé (et donc le futur), quelle surprise, n’est-ce pas? Mais en lisant le résumé, il était incontestable que ce livre devait rejoindre mes lectures et voilà qui est chose faite.

Après les premières pages qui me laissaient un peu sceptique – je n’étais pas spécialement fan de la forme narrative du premier chapitre – mes craintes ont heureusement été dispersées en un rien de temps (comme les pages de la thèse du héros). On plonge dans le quotidien de Michael Young, un étudiant maladroit et imparfait (qu’est-ce que ça fait du bien!) qui vient de se faire larguer par sa copine (assez agaçante, dans son genre, je trouve) et qui s’apprête à remettre sa thèse de doctorat. Pas de chance pour lui, ses envolées lyriques incongrues au milieu du travail vont lui valoir des remontrances mais également provoquer une rencontre insolite avec le Professeur de physique Leo Zuchermann, un vieux bonhomme un peu mystérieux qui observe le passé d’un œil particulier. J’ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux personnes et ce que cela va provoquer pour la suite: à savoir, et s’ils avaient la possibilité d’empêcher le génocide, le feraient-ils?

Là où l’idée est déjà apparue dans d’autres romans qui abordent ce sujet – et si Hitler n’avait jamais existé? – Michael et Leo exécutent leur plan mais aucune des conséquences ne peut évidemment être anticipée.

J’ai donc bien aimé cette approche. Il aurait pu y avoir des milliers d’autres et je pense que je voudrai lire d’autres romans qui explorent la possibilité différemment mais celui-ci m’a vraiment plu et une fois lancée, j’ai eu du mal à m’arrêter. Alors, certes, nos deux protagonistes se lancent dans leur entreprise sans vraiment réfléchir, ils se disent qu’en éradiquant Hitler de l’Histoire, tout ira pour le mieux et c’est bien naïf de leur part. Mais même s’ils avaient imaginé toutes les possibilités, il aurait été impossible d’entrevoir la manière dont les événements peuvent basculer. J’ai aussi aimé le fait que l’élimination d’Hitler n’assure pas que le reste de la Guerre ne se serait pas passé. D’accord, il est la représentation même du Parti Nazi, l’image du génocide et des camps mais il n’était pas le seul à avoir imaginé une telle machination. Il était entouré d’hommes qui partageaient sa vision des choses et qui ont contribué à la mise en place d’un système effroyable et inhumain. Se débarrasser d’Hitler n’était donc pas la solution miracle pour éviter un conflit en Europe.

Le mystère qui auréole ce ‘nouveau monde’ m’a beaucoup plu aussi. Le fait que Michael ignore tout des conséquences réelles de ses actes, la découverte, peu à peu, de ce que cela a engendré, m’ont permis d’aborder la première et la deuxième partie du livre avec le même enthousiasme.

Enfin, pour moi qui ai un faible pour les romances gays, l’apparition de Steve dans la seconde moitié du roman a été ce petit plus qui fait que j’ai apprécié ce livre du début à la fin. Que ce soit l’histoire, la façon dont elle est abordée, les personnages, tout était parfaitement ce que j’attendais de ma lecture alors que je ne savais même pas où elle me menait! Seul bémol, je dirais, ce sont les chapitres rédigés en format ‘scénario’ qui coupent le récit un peu étrangement et qui ont ôté le charme de certains passages que j’aurais préféré lire dans leur narration habituelle.

MA NOTE: 17/20 pour ce roman entraînant et son thème aux multiples ouvertures. J’ai aimé ne pas savoir comment le changement dans l’Histoire allait être amené et j’ai adoré les conséquences de ce changement.

 

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BLACK-OUT

RESUMEOxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

AVIS: En lisant le résumé, mon attention a été automatiquement happée. Evidemment! L’évocation de la Seconde Guerre Mondiale additionnée au voyage dans le temps (et le savoir que cela implique) ont immédiatement envoyé des dizaines d’idées à mon cerveau. Je me suis dit qu’il fallait de l’audace pour aborder ce thème, une sérieuse dose de créativité, aussi. Bref, que du bonheur à l’idée d’ouvrir cette première partie de roman.

Un véritable plongeon dans l’Angleterre des années 40, donc. Après un début un peu chaotique pour installer l’ambiance et les grandes lignes de cet Oxford de 2060, nous suivons les aventures de plusieurs historiens (et trois d’entre eux plus particulièrement). De la campagne anglaise à Dunkerque, des bombardements aux aléas de la guerre, nous voyageons partout, dans tous les sens, ce qui fait un peu perdre la tête au départ. Heureusement, ce tournis disparaît rapidement une fois qu’on a bien saisi qui est qui.

Je ne peux que souligner le détail avec lequel Connie Willis dépeint ce pays menacé par la conquête d’Hitler sur le reste de l’Europe. Chaque chapitre décrit avec attention les paysages dans lesquels sont inscrits nos protagonistes. On y croit, on s’y croit. On vibre dans le labyrinthe des métros londoniens, on frissonne sur les eaux troubles de Dunkerque, on angoisse un peu à l’idée qu’il arrive quelque chose aux héros et on devine très rapidement le nœud du problème (du moins la généralité car le pourquoi du comment reste encore un mystère). On assiste dès lors en spectateurs à la déroute des personnages qui ne savent pas encore à quel point ils sont dans une situation délicate.

C’est peut-être un léger bémol? Finalement, pas à mon sens. Car quand les certitudes guident à ce point les connaissances, comment se douter une seule seconde que tout peut dégringoler? Le trio principal met probablement beaucoup de temps à s’en rendre compte mais ça n’est pas dérangeant, ça fait juste tenir en haleine parce qu’on aimerait bien leur souffler la vérité à l’oreille. Ce qui est un peu plus ennuyeux, c’est que le texte tend à être trop long et répétitif. Il aurait été certainement plus digeste avec quelques chapitres en moins car, au final, à part faire tourner les héros en rond, ça n’apporte pas grand-chose et quand on ferme le livre, ça donne un peu la sensation qu’il y a eu beaucoup de pages pour peu d’action. Je n’ai pas spécialement été rebutée par cet aspect mais c’est un peu dommage. J’ai quand même très hâte de découvrir comment nos historiens en herbe vont maintenant se dépêtrer de cette situation.

Par contre, et là c’est peut-être juste moi qui ai manqué quelque chose, j’ai trouvé étrange l’apparition de personnages à peine développés qui réapparaîtront sans doute dans la suite de Black-Out (All Clear). J’ai eu l’impression que ça tombait un peu comme un cheveu dans la soupe.

MA NOTE: 15/20, l’histoire a de bonnes bases et est très fluide mais le déséquilibre action/description et les répétitions ont tendance à enlever le charme du roman par moments.

TITRE: Black-out (VO:  Blackout) – AUTEUR: Connie Willis

EDITION: J’ai Lu (Science-Fiction), 796 pages