DE PIERRE ET DE CENDRE

Set in stone (VO) – Editions Le Livre de Poche – 380 pages

RESUMELorsqu’un soir brumeux de 1898, le jeune artiste Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux jeunes filles de Mr. Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par ses filles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, le peintre comprend vite que le raffinement du décor et des personnages dissimule les plus sombres mystères. Que le vent souffle pour balayer les cendres d’un passé pour le moins scandaleux et les secrets abrités par les pierres. Entre désirs de possession, obsessions et illusions, les deux demoiselles, leur père, l’ombre de leur mère décédée et leur gouvernante entament devant Samuel une subtile danse aussi fascinante que macabre…

AVIS: Après une première expérience plutôt mitigée avec Graveney Hall (j’avais été déçue par la fin du roman et par le côté pas assez abouti de l’histoire qui me laissait un peu sur ma faim), je me suis quand même laissée tenter par ce roman de Linday Newbery. Une décision que je ne regrette aucunement puisque j’ai adoré l’univers de ce récit sombre et hanté par les secrets.

Pour commencer, l’immersion a été immédiate puisque dès les premières pages, j’ai eu l’impression d’être plongée dans ce récit qui prend racine à l’été 1898. L’écriture fluide et efficace de l’auteur ne s’embarrasse pas de trop de détails et ceux qu’elle distille dans l’introduction permettent de visualiser très clairement le cadre dans lequel nous plongeons. Ce cadre qui n’est pas sans rappeler d’autres romans où les différences sociales sont largement ancrées dans les habitudes, où les demeures s’élèvent dans des coins reculés, où des familles aux secrets profondément enfouis se donnent des airs théâtraux pour cacher leurs aspects les moins reluisants. Il y a un petit côté Brontë à ce roman mais ça n’égale évidemment pas des œuvres d’époque comme celles de ‘Les Hauts de Hurle-Vent‘ et ‘Jane Eyre‘. J’ai néanmoins beaucoup aimé cette évocation à la lecture.

Dans l’ensemble, j’ai trouvé les personnages très intéressants, avec leurs caractères à la fois propres à cette période et plus modernes à d’autres moments (c’est là qu’on ressent la patte de l’auteur ‘de maintenant’ par rapport aux écrits de ceux qui vivaient réellement à ce moment-là. Les descriptions sont également très vivantes et nous permettent de nous imprégner de cet univers singulier où planent de sombres mystères. Il y a également une aura mystique par moments, comme si des éléments surnaturels se glissaient dans certaines scènes.

Enfin, l’aspect le plus intéressant de l’histoire réside dans l’alternance des points de vue de deux personnages (celui de Samuel, le nouveau précepteur, et celui de Charlotte, la gouvernante) qui arrivent à Fourwinds en ignorant tout de ce qu’il s’y est réellement tramé. Ils ne tardent cependant pas à sentir que quelque chose se joue à leur insu et sont bien décidés à élucider ce mystère. Les éléments distillés sont peu à peu rassemblés, étudiés et le passé de la propriété refait surface. La découverte se fait au fil des chapitres et permet de garder l’intérêt du lecteur tout au long de l’histoire. Il n’y a dès lors pas de réel temps mort et les événements se succèdent avec régularité, faisant grimper peu à peu la tension jusqu’à une scène qui bouleverse tout le récit.

Là où ma déception avait été guidée par le côté non abouti de la fin de Graveney Hall, j’ai trouvé que De pierre et de cendre s’achevait parfaitement et, comme avec tout bon livre, j’en suis presque venue à regretter de devoir quitter nos protagonistes.

MA NOTE: 17/20 pour un roman à l’ambiance particulière, aux secrets sombres, aux personnages attachants et à la plume très agréable. Je ne regrette donc pas d’avoir tenté un autre Linda Newbery.