Le cahier des mots perdus

Couverture Le cahier des mots perdus

 Marseille, septembre 1940 : Blanche est prise dans une rafle, et sa fille Jeanne se retrouve seule dans une chambre d’hôtel. Alors qu’elle guette le retour de sa mère, l’enfant cherche à comprendre, assaillie par les images et les souvenirs.

Ainsi se dessinent l’histoire de Thomas, l’ami allemand qui a fui l’Allemagne nazie et s’est réfugié en France, et celle de Blanche, amoureuse de lui depuis l’enfance. Jeanne tente de reconstituer un puzzle plein d’ombres et de silences, le lien mystérieux entre une femme passionnée et un homme usé par l’exil.

Le regard poignant d’une enfant sur le monde des adultes, la rencontre impossible, la violence de l’Histoire.

(Editions Belfond – 2013)

Alors que l’histoire démarre dès les premiers instants (Blanche, la mère de Jeanne, est emmenée pour un destin inconnu lors d’une rafle dans un café de Marseille, en septembre 1940) avec un côté mystérieux, l’histoire n’a malheureusement pas tardé à me décevoir peu à peu.

Tout d’abord à cause de la narration- ce qui, je le conçois est un détail dans ce cas-ci, mais un détail qui m’a dérangée. A savoir que j’aime les récits où les descriptions et les dialogues sont bien définis et distincts. Or, ici, les quelques rares paroles échangées sont glissées au milieu des paragraphes. En soi, ça n’est pas la mer à boire, mais j’aurais préféré une autre structure.

L’histoire se divise en deux temps: les moments de solitude où Jeanne, abandonnée au café alors que sa mère disparaît dans un fourgon, doit retrouver leur chambre d’hôtel misérable dont elle n’a qu’une vague idée de la localisation (Jeanne est âgée d’une dizaine d’années, autant dire que dans un contexte chaotique comme celui de la France en septembre 1940 et dans une ville qu’elle ne connait pas, elle est perdue) et ceux où elle lit les fameux ‘mots perdus’, témoignage nerveux et passionné de Blanche dans un carnet. Les deux points de vue se recoupent sur plusieurs années puisque les deux parties évoquent le climat d’avant-guerre, alors que Thomas, l’ami allemand, fait son apparition dans leur vie. Deux visions très différentes des mêmes moments puisque Jeanne voit le monde à travers son regard d’enfant tandis que Blanche le vit en temps qu’adolescente puis jeune femme amoureuse. Ce croisement était intéressant, il permet de mettre les événements en perspective, c’est juste un peu dommage que la façon de l’aborder dans l’écriture m’ait moins plu.

L’autre point faible que j’ai trouvé à cette histoire, c’est l’un des personnages. Blanche, plus précisément, qui m’a un peu agacée tout au long de l’histoire. Sa personnalité, sa façon d’agir vis-à-vis des autres mais surtout sa fille ne m’ont pas permis d’éprouver la moindre empathie pour elle. Je l’ai trouvée égoïste. Il est rare qu’un personnage m’évoque un tel sentiment mais cela ne m’a pas quitté une seule fois, même lorsque je découvrais son point de vue.

Un élément que j’ai par contre apprécié, c’est l’approche des relations entre les personnages. Je m’attendais à une romance sur fond de guerre, j’ai trouvé un conflit des émotions et des attentes, beaucoup plus humain et profond. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, bien qu’il y ait des choses qui méritent d’être notées, pour ne pas spoiler l’histoire.

En bref, j’ai trouvé l’ensemble bien ficelé – il y a des passages d’une époque à l’autre qui ne perturbent pas la compréhension de l’histoire – et le fond laissait présager des moments intenses mais au final, tout m’a paru trop survolé. J’aurais probablement préféré la même histoire – malgré le comportement de Blanche – si on avait pu davantage s’attarder sur les différents points forts du récit.

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Toute la lumière que nous ne pouvons voir

 » Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d’histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l’aider à s’orienter et à se déplacer. Six ans plus tard, l’Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l’oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer. Pour éviter que les Allemands ne s’en emparent, le Muséum a confié à Leblanc un joyau rare, la copie d’un diamant ayant appartenu à la famille royale de France, sans savoir qu’il s’agit en réalité de l’original. Loin de là, en Allemagne, Werner grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l’orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé. Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.  » 

(Editions Albin Michel  – 2015)

★★★★★

J’ai l’impression que cela fait une éternité que je n’avais pas ressenti un tel amour pour un livre, avec cette envie de savoir comment cela se termine tout en ne voulant pas arriver à la fin des pages de cette histoire.

C’est d’abord le dynamisme qui émane de la construction du livre qui m’a vraiment accrochée. Le roman se découpe en chapitre plutôt courts, qui alternent les points de vue – ceux de Marie-Laure et Werner, principalement, mais aussi ceux d’autres personnages – et les époques – on commence l’histoire au mois d’août 1944, en plein pilonnage de Saint-Malo puis on repart en arrière pour présenter nos protagonistes et leurs chemins destinés à se croiser. Une manière d’aborder le récit plutôt originale qui donne le ton dès les premières pages. L’écriture fluide de l’auteur est évidemment aussi un régal et les changements d’époques et de personnages ne perturbent pas vraiment la continuité. Petit à petit, les pièces du puzzle se rassemblent pour former un tableau dramatique et plein de tension.

Ensuite, ce sont vraiment les personnages qui m’ont touchée. Le parcours de Marie-Laure comme celui de Werner sont semés d’embûches et on s’attache vite à eux mais il faut mentionner les personnages secondaires qui apportent également une saveur à l’histoire. Que cela soit Madame Manec, l’Oncle Etienne, ou les autres habitants de Saint-Malo (sans oublier le père de Marie-Laure, évidemment), que cela soit Jutta, Frederick ou Frau Elena, ils donnent une dimension supplémentaire aux personnages principaux.

J’ai énormément aimé aussi la place prise par l’« Océan de Flammes » qui apporte une touche de magie, de légende, devenant à lui seul un personnage, une part essentielle du roman, ainsi que celle de la radio en général dans l’histoire. Instrument dévastateur pour les résistants, elle s’avère aussi un moyen de rapprocher Werner et Marie-Laure au cours de la guerre.

C’est donc un véritable bijou que représente ce livre à mes yeux. Acheté à Saint-Malo, il revêt une aura toute particulière qui, je pense, va me rester longtemps à l’esprit et je ne verrai plus la ville du même œil la prochaine fois que j’irai la visiter. C’est un véritable coup de/au coeur que j’ai eu avec ce roman que je recommande chaudement!

 

Rien où poser sa tête

Editions Gallimard- L’arbalète (2015) – 304 pages

★★★★★

RésuméEn 1921, Françoise Frenkel, jeune juive polonaise passionnée par la langue et la culture françaises, fonde la première librairie française de Berlin « La Maison du Livre ». Rien où poser sa tête raconte son itinéraire : contrainte, en raison de ses origines juives, de fuir l’Allemagne en 1939 après la prise de pouvoir d’Hitler, elle gagne la France où elle espère trouver refuge. C’est en réalité une vie de fugitive qui l’attend, jusqu’à ce qu’elle réussisse à passer clandestinement la frontière suisse en 1943. Le récit qu’elle en tire aussitôt et qu’elle choisit d’écrire en français dresse un portrait saisissant de la France du début années quarante. De Paris à Nice, Françoise Frenkel est témoin de la violence des rafles et vit sans cesse menacée. Tantôt dénoncée, tantôt secourue, incarcérée puis libérée, elle découvre une population divisée par la guerre dont elle narre le quotidien avec objectivité. Rien où poser sa tête, soixante-dix ans après sa publication en 1945 à Genève, conserve, miraculeusement intactes, la voix, le regard, l’émotion d’une femme, presque une inconnue, qui réussit à échapper à un destin tragique.

Avis: Reçu en début d’année d’une amie (qui connait décidément bien mes goûts), ce livre faisait partie de ceux que j’avais hâte de découvrir. C’est un roman/témoignage écrit par une juive polonaise dont on ne sait pratiquement rien sinon qu’elle a réussi à se réfugier en Suisse en 1943 où elle s’attelle à la rédaction du roman en 1945.

C’est peut-être ce qui fait en partie la force de cette histoire vraie mais pas seulement. La fraîcheur des souvenirs évoqués rend le texte d’autant plus intense. On suit le parcours de Françoise de Berlin (où elle a ouvert une petite librairie et s’y consacre avec amour jusqu’à ce qu’elle soit forcée de quitter la capitale) à Paris en passant par Nice et tous les lieux où elle a trouvé refuge durant ces années angoissantes. Car la pression est bien là, même si l’on sait qu’elle a fini par échapper (le résumé ne le cache pas). On découvre ses pérégrinations avec l’impuissance du spectateur et la connaissance de la déroute de l’Europe à l’époque. Comment se douter à quel point la vie était précieuse, la liberté risquée? Perdue au cœur d’une France déchirée, Françoise vit cachée, aidée par certains, menacée par d’autres, réchappant toujours de justesse au danger. On ne peut que se prendre d’affection pour ceux qui l’ont secourue au péril de leur propre vie, on ne peut qu’éprouver une sorte de mépris vis-à-vis des autres et pourtant, comment leur en vouloir? Le climat étant ce qu’il était, on sait parfaitement que l’humain ne pouvait être que ce qu’il était, courageux ou lâche. Mais on ne ressent aucun jugement de la part de la narratrice. Il y a une certaine innocence à son récit et à aucun moment la haine ne vient la secouer. Tout ce qui compte, c’est la vie.

J’ai particulièrement aimé la singularité du voyage de l’auteure et son rapport aux autres mais c’est aussi le mystère qui l’auréole qui m’a vraiment intriguée. Si on devine l’âge qu’elle a grâce aux détails distillés tout au long de l’histoire, elle reste assez indescriptible. On sait peu de choses sur sa famille, sur elle et je trouve qu’il était difficile de lui donner un corps, un visage, comme si elle restait une silhouette transparente. Une aura qu’elle gardera du début à la fin et même après la publication de son livre.

Enfin, ce qui m’a frappé, c’est vraiment la différence de ressenti qu’il y a à lire un témoignage presque anonyme comme le sien comparé aux fictions qui se concentrent sur cette même période de l’Histoire. Bien sûr, des récits véridiques, vécus, il y en a beaucoup d’autres mais j’ai trouvé que celui-ci avait une âme, celle de Françoise Frenkel, et qu’elle m’a profondément touchée.

 

 

LE FAISEUR D’HISTOIRE

Making History (VO) – Editions Folio (SF) – 622 pages

RÉSUMÉMichael Young est convaincu que sa thèse d’histoire va lui rapporter un doctorat, un tranquille poste académique, un vénérable éditeur universitaire et le retour de sa difficile petite amie Jane. Mais un historien devrait savoir que l’on ne peut prédire l’avenir…. Sa rencontre avec Leo Zuckermann, vieux physicien obsédé par le génocide juif va les amener à semer aux quatre vents les pages de la thèse, mais aussi à tourner celles de l’histoire… Et après leur expérience rien – primé, présent ou futur – ne sera plus jamais pareil.

AVIS: Oh, un roman sur fond de Guerre Mondiale avec, en prime, le célèbre thème du voyage dans le temps/la possibilité de changer le passé (et donc le futur), quelle surprise, n’est-ce pas? Mais en lisant le résumé, il était incontestable que ce livre devait rejoindre mes lectures et voilà qui est chose faite.

Après les premières pages qui me laissaient un peu sceptique – je n’étais pas spécialement fan de la forme narrative du premier chapitre – mes craintes ont heureusement été dispersées en un rien de temps (comme les pages de la thèse du héros). On plonge dans le quotidien de Michael Young, un étudiant maladroit et imparfait (qu’est-ce que ça fait du bien!) qui vient de se faire larguer par sa copine (assez agaçante, dans son genre, je trouve) et qui s’apprête à remettre sa thèse de doctorat. Pas de chance pour lui, ses envolées lyriques incongrues au milieu du travail vont lui valoir des remontrances mais également provoquer une rencontre insolite avec le Professeur de physique Leo Zuchermann, un vieux bonhomme un peu mystérieux qui observe le passé d’un œil particulier. J’ai beaucoup aimé la rencontre entre ces deux personnes et ce que cela va provoquer pour la suite: à savoir, et s’ils avaient la possibilité d’empêcher le génocide, le feraient-ils?

Là où l’idée est déjà apparue dans d’autres romans qui abordent ce sujet – et si Hitler n’avait jamais existé? – Michael et Leo exécutent leur plan mais aucune des conséquences ne peut évidemment être anticipée.

J’ai donc bien aimé cette approche. Il aurait pu y avoir des milliers d’autres et je pense que je voudrai lire d’autres romans qui explorent la possibilité différemment mais celui-ci m’a vraiment plu et une fois lancée, j’ai eu du mal à m’arrêter. Alors, certes, nos deux protagonistes se lancent dans leur entreprise sans vraiment réfléchir, ils se disent qu’en éradiquant Hitler de l’Histoire, tout ira pour le mieux et c’est bien naïf de leur part. Mais même s’ils avaient imaginé toutes les possibilités, il aurait été impossible d’entrevoir la manière dont les événements peuvent basculer. J’ai aussi aimé le fait que l’élimination d’Hitler n’assure pas que le reste de la Guerre ne se serait pas passé. D’accord, il est la représentation même du Parti Nazi, l’image du génocide et des camps mais il n’était pas le seul à avoir imaginé une telle machination. Il était entouré d’hommes qui partageaient sa vision des choses et qui ont contribué à la mise en place d’un système effroyable et inhumain. Se débarrasser d’Hitler n’était donc pas la solution miracle pour éviter un conflit en Europe.

Le mystère qui auréole ce ‘nouveau monde’ m’a beaucoup plu aussi. Le fait que Michael ignore tout des conséquences réelles de ses actes, la découverte, peu à peu, de ce que cela a engendré, m’ont permis d’aborder la première et la deuxième partie du livre avec le même enthousiasme.

Enfin, pour moi qui ai un faible pour les romances gays, l’apparition de Steve dans la seconde moitié du roman a été ce petit plus qui fait que j’ai apprécié ce livre du début à la fin. Que ce soit l’histoire, la façon dont elle est abordée, les personnages, tout était parfaitement ce que j’attendais de ma lecture alors que je ne savais même pas où elle me menait! Seul bémol, je dirais, ce sont les chapitres rédigés en format ‘scénario’ qui coupent le récit un peu étrangement et qui ont ôté le charme de certains passages que j’aurais préféré lire dans leur narration habituelle.

MA NOTE: 17/20 pour ce roman entraînant et son thème aux multiples ouvertures. J’ai aimé ne pas savoir comment le changement dans l’Histoire allait être amené et j’ai adoré les conséquences de ce changement.

 

BLACK-OUT

RESUMEOxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

AVIS: En lisant le résumé, mon attention a été automatiquement happée. Evidemment! L’évocation de la Seconde Guerre Mondiale additionnée au voyage dans le temps (et le savoir que cela implique) ont immédiatement envoyé des dizaines d’idées à mon cerveau. Je me suis dit qu’il fallait de l’audace pour aborder ce thème, une sérieuse dose de créativité, aussi. Bref, que du bonheur à l’idée d’ouvrir cette première partie de roman.

Un véritable plongeon dans l’Angleterre des années 40, donc. Après un début un peu chaotique pour installer l’ambiance et les grandes lignes de cet Oxford de 2060, nous suivons les aventures de plusieurs historiens (et trois d’entre eux plus particulièrement). De la campagne anglaise à Dunkerque, des bombardements aux aléas de la guerre, nous voyageons partout, dans tous les sens, ce qui fait un peu perdre la tête au départ. Heureusement, ce tournis disparaît rapidement une fois qu’on a bien saisi qui est qui.

Je ne peux que souligner le détail avec lequel Connie Willis dépeint ce pays menacé par la conquête d’Hitler sur le reste de l’Europe. Chaque chapitre décrit avec attention les paysages dans lesquels sont inscrits nos protagonistes. On y croit, on s’y croit. On vibre dans le labyrinthe des métros londoniens, on frissonne sur les eaux troubles de Dunkerque, on angoisse un peu à l’idée qu’il arrive quelque chose aux héros et on devine très rapidement le nœud du problème (du moins la généralité car le pourquoi du comment reste encore un mystère). On assiste dès lors en spectateurs à la déroute des personnages qui ne savent pas encore à quel point ils sont dans une situation délicate.

C’est peut-être un léger bémol? Finalement, pas à mon sens. Car quand les certitudes guident à ce point les connaissances, comment se douter une seule seconde que tout peut dégringoler? Le trio principal met probablement beaucoup de temps à s’en rendre compte mais ça n’est pas dérangeant, ça fait juste tenir en haleine parce qu’on aimerait bien leur souffler la vérité à l’oreille. Ce qui est un peu plus ennuyeux, c’est que le texte tend à être trop long et répétitif. Il aurait été certainement plus digeste avec quelques chapitres en moins car, au final, à part faire tourner les héros en rond, ça n’apporte pas grand-chose et quand on ferme le livre, ça donne un peu la sensation qu’il y a eu beaucoup de pages pour peu d’action. Je n’ai pas spécialement été rebutée par cet aspect mais c’est un peu dommage. J’ai quand même très hâte de découvrir comment nos historiens en herbe vont maintenant se dépêtrer de cette situation.

Par contre, et là c’est peut-être juste moi qui ai manqué quelque chose, j’ai trouvé étrange l’apparition de personnages à peine développés qui réapparaîtront sans doute dans la suite de Black-Out (All Clear). J’ai eu l’impression que ça tombait un peu comme un cheveu dans la soupe.

MA NOTE: 15/20, l’histoire a de bonnes bases et est très fluide mais le déséquilibre action/description et les répétitions ont tendance à enlever le charme du roman par moments.

TITRE: Black-out (VO:  Blackout) – AUTEUR: Connie Willis

EDITION: J’ai Lu (Science-Fiction), 796 pages

LA PETITE FILLE AU MANTEAU ROUGE

RESUME:  » Lorsqu’en 1993, Roma Ligocka assiste, sur invitation du maire de Cracovie, à la projection de ‘La Liste dé Schindler’ de Steven Spielberg, elle reste pétrifiée devant la célèbre scène où une petite fille en manteau rouge traverse, tache de couleur solitaire, le paysage dévasté du ghetto de Cracovie. C’est moi ! Cette petite fille, c’était moi! Car elle aussi portait un manteau rouge dans le ghetto quand, avec sa mère, elle cherchait à survivre malgré la faim, malgré le froid, malgré la maladie et les SS qui tuaient hommes, femmes, enfants au moindre prétexte. Le film sera le déclic qui permettra à ces souvenirs refoulés depuis cinquante ans de remonter à la surface, et à Roma Ligocka de se libérer un tant soit peu des cauchemars qui la hantent. Née juive dans une famille aisée et unie, elle fut enfermée avec les siens dans le ghetto en mars 1941, à l’âge de trois ans. Comme des dizaines de milliers de Juifs, pour qui la seule perspective était la déportation et la mort. Ayant réussi à s’évader avec sa mère en 1943, les cheveux teints en blond, elle connut la clandestinité, les fausses identités et la fuite continuelle d’une cachette à une autre, l’abnégation et la générosité des uns, la mesquinerie meurtrière des autres. Ayant survécu à la Shoah, Roma Ligocka raconte ce que fut la griserie éphémère de la Libération, et le couvercle de plomb que le stalinisme ne tarda pas à poser sur une Pologne exsangue, mais ivre de liberté. Devenue décoratrice de théâtre et peintre, elle livre ici un témoignage déchirant sur cette enfance ravagée et cette jeunesse sacrifiée. C’est un cri de douleur, mais aussi d’espoir, car Roma Ligocka est la preuve vivante qu’on peut se reconstruire pour peu qu’on récuse à la fois la haine et l’oubli. La Petite Fille au manteau rouge a été publié dans douze pays, y compris la Pologne et l’Allemagne, où il a été salué comme un chef-d’œuvre et a connu un succès considérable. « 

AVIS: On va finir par croire que je ne lis que des romans qui se passent durant la seconde guerre mondiale mais je promets que ce n’est pas le cas 🙂 (ou presque). C’est la faute au délicieux petit bouton ‘Un livre au hasard ?’ disponible sur Livraddict. D’ailleurs, la prochaine chronique sera elle aussi centrée sur un roman qui a une bonne partie de son intrigue ancrée dans ces années troublées (vous voilà prévenus).

La petite fille au manteau rouge n’est pas pour autant un livre qui se fond dans la masse. S’il est le témoignage d’une enfant rescapée du ghetto de Cracovie, poussée à revenir sur ce passé douloureux après avoir assisté à la projection de la Liste de Schindler, c’est aussi un récit qui chamboule. Car Roma a vu la guerre, la violence, la disparition des siens avec ses yeux d’enfants. Elle n’a que trois ou quatre ans lorsqu’elle échappe au ghetto et à la mort. Elle va vivre cloîtrée ces années où elle n’aurait dû être auréolée que de tendresse, de curiosité et de découvertes. C’est cachée qu’elle vit ces mois fatidiques. Interdite de sortie, elle observe le monde comme un oiseau enfermé dans une cage et panse des blessures encore invisibles: celles de l’âme, celles qui ne se révéleront que plus tard, parfois même bien plus tard.

Ce qui est intéressant, aussi, c’est que les quatre-cents pages ne tournent pas exclusivement autour de cette fuite et de cette dissimulation. La guerre finit, évidemment, et on poursuit notre découverte du roman, de la vie d’après-guerre dans cette Pologne dévastée où l’on cherche les siens, avec peu d’espoir de les retrouver. On voit que l’armistice ne signifie pas pour autant que tout va mieux, que la vie est plus facile, puisque les insultes à l’encontre des juifs persistent. Comment se reconstruire après avoir survécu à un tel drame? Comment s’inscrire dans ce quotidien qui ne semblait plus possible? Comment continuer lorsque tant restent à jamais des souvenirs? Roma et sa mère doivent en faire l’expérience et surmonter de nouvelles épreuves: la pauvreté, la solitude, le communisme.

J’ai beaucoup aimé les prises de conscience de la narratrice, au fil des pages, même si, parfois, son comportement m’agaçait. Si ses peurs d’enfant mettent le reste du monde en danger et prennent à la gorge, elles sont vite pardonnées. Car comment expliquer à une fillette qu’un seul cri peut les faire basculer dans la mort? Roma en a conscience mais ça n’empêche son instinct et son innocence de parfois prendre le dessus. Lorsqu’elle devient adulte, toutefois, son attitude est parfois plus difficile à accepter et en même temps, comment le lui reprocher, elle qui a grandi dans un monde que l’on ne peut appréhender qu’en l’imaginant? C’est impossible de se mettre à sa place – et c’est tant mieux.

En bref, j’ai beaucoup aimé en apprendre sur cette vie en Pologne, cette vision enfantine de la liquidation du ghetto de Cracovie ainsi que cette exploration de la vie ‘d’après’. J’ai trouvé original que le point de départ de son besoin de revenir sur ce qu’il s’était passé était le passage, le point coloré qui passe furtivement dans un film en noir et blanc et qui a réveillé des choses profondément enfouies en elle.

NOTE: 16/20, même si ça n’était pas un coup de cœur, c’est un témoignage poignant et vrai que je suis ravie d’avoir pu lire et je suis bien tentée de découvrir son autre roman qui évoque, lui, ce père quasiment absent au destin trouble.

TITRE: La petite fille au manteau rouge (Das Mädchen im roten Mantel)

AUTEUR: Roma Ligocka

EDITION: Le livre de poche (2007) – 413 pages

L’INSOMNIE DES ETOILES

RESUME: Automne 1945, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l’Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d’un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l’avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s’acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu’elle lui révélera un secret autrement plus capital.

AVIS: Ayant découvert Marc Dugain avec La chambre des officiers puis Avenue des géants (que j’avais particulièrement aimé et qui est l’un de mes coups de cœur 2015), c’est tout naturellement que ce roman est venu rejoindre ma PAL.

Une fois de plus, la plume de Dugain permet l’immersion totale et immédiate dans ce roman qui débute avec l’automne 44 et la solitude d’une mystérieuse adolescente, dans un canton un peu abandonné d’Allemagne. Les dérives qui précèdent la défaite du Reich se laissent sentir et l’ambiance est installée en quelques chapitres.

Esquisse d’enquête, le récit aborde un sujet sombre de l’histoire de ce pays en guerre avec le reste de l’Europe et du monde. Car si les débuts laissent penser que le roman se tournera vers le policier, il n’en est rien. On devine très vite le ‘secret’ qui plane et que cherchent à enterrer les différents protagonistes. L’auteur n’en fait quant à lui pas vraiment un mystère, même s’il ne le nomme pas directement. Difficile de douter du drame qui s’est joué et auquel est lié la jeune fille retrouvée dans la ferme isolée. Les pièces du puzzle s’assemblent aisément (trop, peut-être?) et, comme Louyre, on attend de ces témoignages qu’ils admettent l’horreur perpétrée, quand bien même on en imagine sans mal les détails.

Ces quelques deux cents pages forment ainsi une petite tranche de guerre qui m’a donné la sensation de manquer de quelque chose. De profondeur, peut-être, qu’il s’agisse de Maria ou des autres personnages qui rythment cette mini-enquête, alors que j’ai apprécié – si tant est qu’on puisse l’apprécier – le sujet effleuré.

En bref, j’ai trouvé le thème abordé intéressant, qu’il s’agisse du secret-qui-n’en-est-pas-tellement-un ou la psychologie des personnages mais j’aurais aimé que cela soit davantage développé.

MA NOTE15/20, ce n’est pas mon Dugain préféré mais j’ai bien apprécié cette lecture.

TITRE: L’insomnie des étoiles – AUTEUR: Marc DUGAIN

EDITION: Gallimard (2010), 226 pages