LE CORDONNIER DE LA RUE TRISTE

EDITIONS ALBIN MICHEL (2009) – 228 PAGES

RÉSUMÉDans la ‘rue triste’, petite artère qui se situe entre le XIVe et le XVe arrondissement de Paris, à l’orée des années 1940 se trouve une petite échoppe de cordonnier dont a hérité Marc, jeune homme rêveur et grand lecteur. Un accident lui a fauché les jambes et c’est toute la rue qui se mobilise pour lui venir en aide : son copain Paulo le chiffonnier, Madame Gustave qui tient le bistrot Bois et charbon, Lucien l’imprimeur, Rosa la Rose et Evangéline une jeune religieuse, même si Marc ne croit pas en Dieu. Et puis il y a la jeune Mimi et sa grand-mère qui vivent les volets clos, pour ne pas être raflées car elles sont juives. En ces temps incertains où la résistance s’organise face à la délation et à l’occupation naît l’amitié improbable entre une petite fille et un jeune cordonnier paralysé et amoureux des livres.

AVIS: Voilà un petit roman que j’ai reçu à prêter et qui se lit très vite. Une jolie découverte que je n’aurais probablement pas faite si on ne me l’avait pas mis entre les mains en disant que c’était mignon (ni le format, ni la couverture ne m’emballaient vraiment).

Je ne connaissais pas l’auteur mais j’ai pu découvrir une plume poétique et toute douce. L’histoire nous plonge dans un quartier – même pas, une rue – durant la Seconde Guerre Mondiale. Le décor historique reste assez secondaire, même si on mentionne à plusieurs reprises l’invasion allemande et les rafles qui sévissaient à cette époque-là. Et cela ne reste que ça: un décor, un moyen d’installer l’histoire et ses personnage, car ce sont eux qui priment sur tout le reste. On se prend rapidement d’affection pour ces hommes et femmes voués à se croiser mais qui ne se liaient pas forcément et que les circonstances vont rapprocher, d’une manière ou d’une autre. Certes, ce n’est pas la psychologie de ceux-ci qui prime car je trouve justement qu’on ne fait que les effleurer et qu’on a plutôt la sensation d’assister à leurs déboires et bonheurs que de vraiment les vivre avec eux et, là où cela aurait tendance à me décevoir ailleurs, je trouve que cela sers bien à l’ambiance générale du roman dans ce cas-ci. Les différents protagonistes restent un peu étrangers, un peu clichés aussi, souvent, mais ça n’enlève rien à leur charme et on suit agréablement les aléas de la vie de cette rue à qui l’on a donné le nom de Rue Triste.

C’est vraiment cette ambiance, plus que tout, qui m’a plu dans le cas de ce livre. J’ai apprécié de suivre le quotidien de ces gens qui auraient continué à se croiser sans vraiment se rencontrer si le climat historique ne les avait pas poussés les uns vers les autres. J’ai beaucoup aimé les différences qui, au lieu d’instaurer la distance, rapprochaient les gens. Comme Marc, le fameux cordonnier, si beau et si triste et Paulo, si laid mais si débrouillard et attachant, et puis ces autres qui se glissent dans les pages, particulièrement le trio féminin – Mme Gustave, Evangeline et Rosa la Rose – qui caressent l’existence de ces deux hommes. Et puis, sans oublier Mimi, dont le destin reste menacé, à cause de cette maudite étoile jaune.

Bref, si le roman peut manquer de profondeur, il permet tout de même de s’attacher à chacun des personnages, de s’accorder à l’atmosphère qui étouffe cette rue triste et qui m’évoque une certaine mélancolie. Une belle petite surprise, en gros, même si je crains qu’elle s’efface aussi vite qu’elle est arrivée.

MA NOTE: 15/20 parce que c’est un roman qui m’a fait du bien, à défaut de m’avoir filé un véritable coup au cœur.

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